Le PMS au centre du jeu : repenser l’écosystème hôtelier avec Aurélien Vionnet – Thaïs PMS

Et si le terme de PMS était dépassé dans sa forme actuelle ?

Est-ce que l’outil favori de l’hôtelier ne devrait pas mieux assumer son rôle de centre du monde de l’hôtel ?

Aurélien Vionnet, fondateur de Thaïs PMS, en est convaincu.

Depuis vingt ans, il développe en France une solution qui place la souveraineté des données et la simplicité d’usage au centre de la réflexion, tout en s’ouvrant à l’avenir, à l’aube de l’IA accessible à tous.

C’est de l’équilibre fragile entre technologie et humain dont nous allons parler aujourd’hui.

Cet épisode est produit en partenariat avec Thaïs PMS. Un grand merci aux équipes pour leur collaboration et leur professionnalisme.

Cet épisode a été enregistré au sein de l’hôtel Patio Occitan à Toulouse, merci pour leur accueil chaleureux.

Du projet personnel à la success story organique

L’histoire de Thaïs PMS commence il y a 20 ans, par une nécessité simple : aider le père d’Aurélien, hôtelier dans le Jura avec 20 chambres. Aurélien, qui faisait du développement web, a créé un site internet pour remplacer les outils de facturation et les plannings papier de son père, sans même savoir qu’il inventait un Property Management System (PMS).

Fondée par erreur technologique en 2006, la première version était basée sur le Cloud (ou SaaS – Software as a Service) à une époque où le 56k et l’absence d’ADSL rendaient ce choix « très con » et « sans aucun sens ». Ce choix, d’abord une erreur d’architecture technique, est devenu un avantage majeur avec l’arrivée des iPhones et de l’ADSL autour de 2010, propulsant le modèle en avance sur son temps.

Aurélien Vionnet, initialement ingénieur en Recherche et Développement pour les logiciels de vol des satellites chez Thalès Alenia Space, a démissionné en 2014 pour se consacrer entièrement à Thaïs PMS, qui était alors un projet secondaire (side project) générant un revenu récurrent annuel de 17 000 €. Aujourd’hui, l’entreprise emploie 16 personnes et réalise près de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Contrairement à ses concurrents qui misent sur de grosses levées de fonds, Thaïs PMS privilégie la croissance organique. Aurélien affirme que l’entreprise a toujours été rentable, ne dépensant que l’argent qu’elle possède. Cette philosophie lui permet de rester aligné avec ses convictions, loin du monde de la finance, car il n’a jamais cherché à devenir millionnaire, mais à créer une entreprise où il aime travailler.

Le PMS : noyau central et défis techniques

Si le terme « PMS » (Property Management System) est universellement compris, Aurélien insiste sur le fait que le logiciel est bien plus qu’un outil de gestion immobilière : c’est le centre du monde de l’hôtel et la base de données de l’hôtel. Un PMS moderne doit gérer un large éventail de tâches, allant du planning, à la réception des réservations (via le Channel Manager), la distribution des prix (un peu de RMS – Revenue Management System), jusqu’à l’envoi d’emails de pré-enregistrement (tâches de CRM).

Un tournant majeur pour Thaïs PMS fut l’application de la norme NF 525 en 2018. Cette norme française a été introduite pour empêcher le travail au noir et garantir une traçabilité comptable, obligeant notamment les logiciels à interdire la suppression de factures et à assurer que les numéros de factures se suivent sans trou (principe de la blockchain comptable).

Pour se conformer à cette norme exigeante, Thaïs PMS a pris la décision radicale de jeter la partie comptable de sa base de données et de la reconstruire entièrement comme un module NF 525 distinct. Aujourd’hui, Thaïs PMS est structuré autour d’une brique comptable qui ne gère que la comptabilité, s’appuyant sur des modules métiers (hôtel, restauration, services). Cette séparation permet à l’opérationnel de travailler sans se soucier des contraintes comptables. Bien que sa genèse soit un outil opérationnel, Thaïs PMS est devenu une solution de gestion robuste grâce à cette restructuration.

Souveraineté des données et philosophie humaine

Une spécificité forte de Thaïs PMS est son engagement envers la souveraineté des données. Pour Aurélien, la donnée n’appartient pas à l’éditeur de logiciel, mais à l’hôtelier, même si Thaïs PMS la manipule. Il déplore que certains PMS facturent l’accès à la propre donnée de l’hôtelier. Chez Thaïs PMS, les serveurs sont localisés en France (à Montpellier et Lyon), ce qui est un facteur rassurant pour les hôteliers français, écartant le risque lié à des lois étrangères comme le Patriot Act. Il n’y a pas d’agrégation de données inter-hôtels à des fins de Revenue Management (RM) ou d’analyse marché, car ces données n’appartiennent pas à Thaïs PMS.

La mission première de Thaïs PMS est de faire en sorte que l’utilisateur passe le moins de temps possible sur le logiciel. En automatisant les tâches répétitives et sans valeur ajoutée (comme écrire des emails standard), le logiciel libère du temps pour l’humain afin qu’il se consacre à l’accueil et à la relation client, des actions qui, selon Aurélien, ont une « plus-value » et ne peuvent pas être codées.

Thaïs PMS et l’ère de l’Intelligence Artificielle (IA)

Concernant l’avenir et l’intégration de l’IA, Aurélien ne prétend pas détenir la réponse sur ce que le futur sera, mais il s’assure que Thaïs PMS soit techniquement prêt. Il a déjà fait l’expérience de connecter Thaïs PMS à un modèle de langage (LLM) comme Mistral via un MCP (l’API des IA). Cette ouverture permet aux hôteliers de brancher leur IA sur leur propre base de données pour effectuer des actions automatisées rapides, telles que l’export de listes de réservations spécifiques et l’envoi de communications personnalisées.

Pour Aurélien, le futur du PMS n’est pas un seul outil qui gouverne tout, mais bien une base de données centrale (le PMS) entourée d’une myriade d’outils spécialisés qui communiquent entre eux via des API ouvertes. Il a adopté la philosophie d’Apaleo (un autre PMS qu’il cite) qui est de proposer une API pour manipuler les données, mais y ajoute une interface utilisateur moderne et ergonomique, garantissant que même des utilisateurs non-geeks (comme ses parents, qui furent ses premiers testeurs) puissent faire des tâches complexes comme la facturation.

Les coulisses de l’aventure entrepreneuriale

Aurélien est toujours activement impliqué dans le développement de Thaïs PMS, y consacrant environ 70 % de son temps. Son père est d’ailleurs employé dans l’entreprise, gérant la partie administrative.

Il exhorte les hôteliers à ne pas se laisser séduire par les buzzwords technologiques (comme l’IA). Son conseil : identifier un besoin précis, déterminer où le temps est perdu, puis trouver l’outil adapté, sans céder au marketing.

 

L’histoire de Thaïs PMS est celle d’une entreprise qui a choisi de privilégier la qualité du service et la cohésion d’équipe (ils ont un faible taux de roulement) sur la croissance démesurée, démontrant qu’une approche artisanale et technique peut être une véritable success story dans le monde de la tech hôtelière. Il conclut que dans 10 ans, il souhaite continuer à faire ce qu’il fait, en signant peut-être le double de clients par mois, mais toujours avec le plaisir et le souci de ne pas avoir « d’emmerdes ».

Notes et références

Le bonus de l'épisode

Téléchargez la fiche bonus de cet épisode, avec les apprentissages principaux et du contenu exclusif ! 

La recommandation

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Pour contacter Aurélien Vionnet - Thaïs PMS

La citation

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Le message aux Insiders

le message aux insiders de Aurélien Vionnet

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