En 2014, j’ai eu la chance de faire l’ouverture du Peninsula Paris aux côtés de Justine Broncard.
Douze ans plus tard, nos chemins ont bien évolué : elle a fondé TERRA BAYA, un cabinet de conseil en RSE pour l’hôtellerie de luxe, après être passée par les palaces marocains, les hôtels parisiens et la Côte d’Azur.
Aujourd’hui, elle accompagne les hôtels sur leur stratégie RSE, l’obtention de labels environnementaux et l’acculturation des équipes à ces enjeux.
On va parler labels, exigence réelle et business — de quoi donner un sacré coup de projecteur sur un sujet que tout le monde croit connaître.
Les labels environnementaux sont partout dans l’hôtellerie. Clef Verte, Green Globe, EcoVadis, BREEAM In-Use… Ils apparaissent dans les appels d’offres, sur Booking.com, dans les communications des groupes hôteliers et dans les discussions avec les investisseurs.
Mais une question demeure : un hôtel labellisé est-il vraiment un hôtel engagé ?
Obtenir un label, ce n’est pas faire de la RSE. Mais bien utilisé, un label peut devenir une excellente porte d’entrée pour structurer une démarche, embarquer les équipes, réduire les impacts et créer de la valeur.
Qu’est-ce qu’un label environnemental garantit vraiment ?
Un label comme Clef Verte ou Green Globe ne garantit pas qu’un hôtel est parfait. Il ne signifie pas non plus que l’établissement a réglé tous ses enjeux environnementaux, sociaux ou territoriaux.
Pour Justine, un label garantit surtout qu’un cadre a été posé. Il montre que l’hôtelier a commencé à se poser les bonnes questions sur ses impacts.
Les critères abordés sont souvent larges :
- consommation d’eau ;
- consommation d’énergie ;
- gestion des déchets ;
- gouvernance ;
- pratiques sociales et RH ;
- ancrage territorial ;
- liens avec les artisans, producteurs et associations locales ;
- patrimoine ;
- biodiversité.
Cette diversité est importante, car la RSE ne se limite pas à l’écologie. La responsabilité sociétale des entreprises inclut aussi la manière dont une entreprise traite ses collaborateurs, prend ses décisions, choisit ses fournisseurs, s’inscrit dans son territoire et contribue à son écosystème.
Comme le rappelle Justine, le référentiel de la RSE est notamment encadré par l’ISO 26000. Et surtout : quelqu’un qui connaît le sujet dit bien la RSE, et non “le RSE”.
Clef Verte : le label incontournable en France ?
Justine insiste sur la place particulière de Clef Verte, ou Green Key à l’international.
Créé au Danemark en 1994, le label est aujourd’hui présent dans plus de 130 pays. En France, sa progression est particulièrement forte. Justine rappelle qu’en quelques années, le nombre d’établissements certifiés a fortement augmenté, dépassant les 3 000 hébergements, dont une majorité d’hôtels.
Pour les hôteliers français, Clé Verte est donc devenu difficile à ignorer.
Pourquoi ? Parce que le label est :
- connu des professionnels ;
- de plus en plus demandé par les groupes ;
- valorisé dans les appels d’offres ;
- reconnu par les plateformes comme Booking.com lorsqu’il entre dans les certifications validées par le GSTC ;
- suffisamment opérationnel pour servir de première marche.
Clef Verte permet à un hôtel de travailler sur des sujets concrets : eau, énergie, déchets, achats, RH, territoire, biodiversité. C’est précisément ce qui en fait un outil utile pour les établissements qui veulent commencer.
Mais Justine alerte sur un risque : vouloir le label pour le label.
Si un hôtel crée des procédures uniquement pour obtenir la certification, puis laisse le sujet mourir pendant trois ans, la démarche perd son sens. Le label devient alors un logo, pas une transformation.
Le risque du greenwashing : quand le label devient une fin en soi
Les labels environnementaux sont-ils de vrais outils de transformation ou de simples arguments marketing ?
La réponse de Justine est nuancée.
Oui, il existe un risque de greenwashing. Oui, certains établissements peuvent chercher la certification uniquement pour cocher une case, rassurer un client corporate ou apparaître dans un filtre de plateforme. Mais cela ne signifie pas que les labels sont inutiles.
Le vrai problème n’est pas le label en lui-même. Le problème, c’est l’intention et l’usage.
Un label devient limité lorsqu’il est traité comme une fin en soi. Il devient puissant lorsqu’il sert de première étape vers une stratégie plus large.
Autrement dit : la certification doit être le début du chemin, pas son aboutissement.
Pourquoi les labels sont aussi un levier business
Justine rappelle que les certifications environnementales peuvent avoir des effets très concrets :
- meilleure visibilité sur les plateformes de réservation ;
- meilleur taux de conversion ;
- accès facilité aux appels d’offres corporate ;
- meilleure valorisation auprès des investisseurs ;
- réponse aux exigences ESG ;
- meilleurs échanges avec les banques ;
- réduction des charges d’exploitation ;
- attractivité renforcée auprès des clients et collaborateurs.
Elle cite notamment Booking.com, qui met en avant les hôtels disposant d’une certification durable reconnue. Selon les données évoquées dans l’épisode, les hôtels avec badge de certification durable peuvent bénéficier de 15 % de visibilité supplémentaire et de 21 % de taux de conversion en plus.
Pour un hôtelier, ces chiffres changent la discussion.
La RSE n’est plus seulement une affaire de conviction personnelle. Elle devient aussi un sujet de compétitivité, de chiffre d’affaires, d’investissement et de pérennité.
Et c’est peut-être là que se joue une bascule dans l’hôtellerie : les démarches durables ne sont plus seulement défendues par les convaincus. Elles deviennent progressivement des critères attendus par le marché.
Clef Verte, Green Globe, EcoVadis, BREEAM : quelles différences ?
Clef Verte
Clef Verte est aujourd’hui le label le plus incontournable pour les hôtels français qui veulent commencer une démarche environnementale structurée. Il est opérationnel, connu des professionnels et en forte croissance.
Il est particulièrement utile pour les établissements qui cherchent une première grille de travail concrète.
Green Globe
Green Globe est présent à l’international, avec environ 800 hôtels certifiés dans 80 pays. Il est parfois perçu comme plus exigeant, mais il est beaucoup moins répandu que Clé Verte.
Justine souligne qu’il peut être intéressant, mais qu’il a aujourd’hui moins de poids dans le paysage français des labels hôteliers.
EcoVadis
EcoVadis est un label intersectoriel, utilisé dans de nombreux secteurs. Son avantage est son système de niveaux : bronze, argent, or.
Cette logique permet de valoriser une progression. Justine cite notamment Best Western, qui a obtenu la médaille d’or après plusieurs années de montée en maturité.
BREEAM et BREEAM In-Use
BREEAM est plutôt lié au bâtiment et à la construction. Mais BREEAM In-Use s’intéresse davantage à l’exploitation du bâtiment.
Ce label peut être pertinent pour des hôtels en ouverture, des propriétaires ou des groupes qui souhaitent valoriser leur actif immobilier, notamment auprès d’investisseurs.
Comment choisir le bon label pour son hôtel ?
Faut-il choisir un label selon le nombre d’étoiles ? Selon la taille de l’hôtel ? Selon le fait d’être indépendant ou intégré à un groupe ?
Pour Justine, ce ne sont pas les premiers critères.
Le choix dépend plutôt :
- des attentes du groupe ou de la marque ;
- des demandes des investisseurs ;
- des exigences des clients corporate ;
- de la maturité RSE de l’établissement ;
- du besoin de visibilité commerciale ;
- du niveau d’accompagnement souhaité ;
- de l’objectif final : première étape, valorisation, appel d’offres, stratégie globale.
Pour beaucoup d’hôtels français, Clef Verte peut être une porte d’entrée pertinente, notamment parce que le processus s’est assoupli : il n’est plus nécessaire d’attendre un calendrier annuel unique. Un établissement peut déposer son dossier, être audité quelques mois plus tard et avancer plus rapidement.
Mais Justine insiste : avant de choisir un label, il faut d’abord savoir pourquoi l’on s’engage.
De la certification à la stratégie RSE
Comment passer d’un label à une vraie stratégie RSE ?
Pour Justine, une stratégie RSE ne doit pas être une démarche autocentrée. Elle doit partir d’un diagnostic, puis interroger les parties prenantes.
Cela peut inclure :
- les collaborateurs ;
- le comité exécutif ;
- les propriétaires ;
- les financeurs ;
- les fournisseurs ;
- les clients corporate ;
- les agences de voyage ;
- les représentants locaux ;
- les partenaires du territoire.
L’objectif est de comprendre les enjeux prioritaires pour l’hôtel ou le groupe hôtelier.
C’est là qu’intervient la matrice de matérialité. Cet outil permet d’identifier les sujets les plus importants en croisant les attentes des parties prenantes et les enjeux stratégiques de l’entreprise.
Par exemple, une stratégie RSE peut faire émerger trois priorités :
- former les collaborateurs ;
- réduire la consommation d’eau ;
- valoriser le savoir-faire local.
Ces piliers ne sortent pas de nulle part. Ils sont issus d’une analyse, d’une écoute et d’une priorisation.
La RSE ne doit pas être un sujet isolé
Justine partage une conviction forte : la RSE ne doit pas être enfermée dans un bureau, confiée à une seule personne, déconnectée du reste de l’organisation.
Dans beaucoup d’entreprises, la RSE est rattachée au marketing, aux RH ou à la finance. Pour Justine, cela envoie déjà un message sur le niveau d’ambition.
Son point de vue est clair : la RSE devrait être directement rattachée à la direction générale.
Pourquoi ? Parce qu’elle touche toutes les fonctions :
- la finance ;
- les RH ;
- les achats ;
- l’exploitation ;
- le marketing ;
- la technique ;
- la relation client ;
- le territoire ;
- la gouvernance.
À terme, Justine espère même que le rôle de responsable RSE disparaîtra, non pas parce que le sujet n’existera plus, mais parce qu’il sera intégré dans toutes les décisions.
Chaque direction devrait se poser les mêmes questions :
- Quel est l’impact de cette décision sur le business ?
- Quel est l’impact sur les collaborateurs ?
- Quel est l’impact sur les clients ?
- Quel est l’impact sur le territoire ?
- Quel est l’impact sur l’eau, la biodiversité, les ressources ?
- Quel est l’impact à long terme sur la résilience de l’hôtel ?
C’est là que la RSE cesse d’être un sujet technique pour devenir une manière de piloter l’entreprise.
L’hôtel comme acteur de son territoire
Pour Justine, un hôtel n’est pas seulement un lieu d’hébergement. C’est un acteur local. Il emploie, achète, accueille, influence, crée du lien, consomme des ressources et participe à l’économie du territoire.
Cela lui donne une responsabilité, mais aussi un pouvoir.
Les critères Clef Verte liés aux associations locales ou à la biodiversité sont parfois ceux qui déstabilisent le plus les hôteliers. Pourtant, Justine observe que ce sont souvent les actions dont ils sont le plus fiers une fois la démarche engagée.
Pourquoi ? Parce qu’elles embarquent les équipes.
Un collaborateur peut être sensible aux animaux, un autre aux enfants, un autre aux personnes âgées, un autre aux producteurs locaux. En travaillant ces sujets, l’hôtel crée du lien, renforce sa marque employeur et donne du sens au quotidien.
La RSE devient alors beaucoup plus concrète.
Par où commencer quand on est hôtelier ?
Pour un hôtelier qui ne connaît pas grand-chose à la RSE, Justine recommande de commencer simplement :
- se demander ce que l’on met derrière le mot RSE ;
- clarifier pourquoi on veut s’engager ;
- faire une photo à date de l’existant ;
- identifier ce qui est déjà fait ;
- voir si l’on veut aller plus loin ;
- se faire accompagner au moins sur la phase de diagnostic.
Beaucoup d’hôteliers pensent ne rien faire. En réalité, ils ont souvent déjà mis en place des actions : réduction de consommation, pratiques sociales, choix de fournisseurs, actions locales, implication des équipes.
La première étape consiste donc à nommer ce qui existe déjà, puis à structurer la suite.
Maxime ajoute un conseil complémentaire : impliquer très tôt les personnes motrices dans l’entreprise. Il y a toujours des collaborateurs sensibles à ces sujets. Plutôt que de les laisser porter seuls la démarche, il faut créer un mouvement collectif.
Ce qu’il faut retenir
Les labels environnementaux ne sont ni magiques, ni inutiles.
Ils sont des outils. Mal utilisés, ils peuvent devenir des cases à cocher ou des arguments marketing. Bien utilisés, ils peuvent devenir des leviers puissants pour structurer une démarche, embarquer les équipes, répondre aux attentes du marché et préparer l’avenir.
Pour les hôtels, la question n’est donc pas seulement : quel label obtenir ?
La vraie question est :
Que voulons-nous transformer grâce à ce label ?
Clef Verte, Green Globe, EcoVadis ou BREEAM peuvent ouvrir la voie. Mais la vraie valeur se crée lorsque l’hôtel dépasse la certification pour construire une stratégie RSE vivante, incarnée et reliée à son territoire.
FAQ
Qu’est-ce que le label Clef Verte ?
Clef Verte est un label environnemental international dédié aux hébergements touristiques et restaurants. Il évalue notamment les pratiques liées à l’eau, l’énergie, les déchets, les achats, la sensibilisation, la biodiversité et l’ancrage territorial.
Un hôtel labellisé Clef Verte fait-il forcément de la RSE ?
Pas nécessairement. Comme l’explique Justine Broncart, obtenir un label ne signifie pas automatiquement avoir une stratégie RSE complète. Le label peut être une excellente première étape, mais il doit être intégré dans une démarche plus globale.
Quelle est la différence entre Clef Verte et Green Globe ?
Clef Verte est très développé en France et particulièrement opérationnel pour les hôtels. Green Globe est plus international, parfois perçu comme plus exigeant, mais beaucoup moins répandu dans le paysage hôtelier français.
EcoVadis est-il adapté à l’hôtellerie ?
EcoVadis n’est pas spécifique à l’hôtellerie, mais il peut être pertinent pour des groupes ou organisations qui souhaitent valoriser leur progression RSE grâce à un système de médailles : bronze, argent, or.
Pourquoi les labels environnementaux sont-ils importants pour les hôtels ?
Ils peuvent aider à structurer une démarche durable, rassurer les clients, répondre aux appels d’offres corporate, améliorer la visibilité sur certaines plateformes, renforcer la marque employeur et valoriser l’hôtel auprès des investisseurs.
Par où commencer une démarche RSE dans un hôtel ?
La première étape consiste à faire un diagnostic de l’existant : identifier ce que l’hôtel fait déjà, clarifier ses motivations, écouter les parties prenantes, puis définir quelques priorités concrètes.
Le bonus de l'épisode
Téléchargez la fiche bonus de cet épisode, avec les apprentissages principaux et du contenu exclusif !
Notes et références
Les épisodes recommandés :
Le livre recommandé :
Le livre
Pour contacter Justine Broncard
La citation
Le message aux Insiders
Pour écouter la version audio uniquement
À retrouver également sur votre plateforme d’écoute préférée !


