Le Bleisure, mélanger Business et Leisure avec Maxime Besnier

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans l’épisode 2 du Podcast.

Qui es-tu ?
Je suis Maxime Besnier, j’ai 42 ans, je suis originaire de Lille.
J’ai vécu une dizaine d’années en Asie, je suis rentré dans le Nord de la France un peu avant le Covid.
Je suis le fondateur de Very Local Trip et plus récemment de My Local Fixer.
Dans une autre vie j’ai étudié la biologie.
J’ai eu un début de carrière dans l’industrie pharmaceutique et un beau jour de 2010 je suis parti en Thaïlande, avec ma valise de 25 kilos.
 
Very Local Trip : qu’est-ce que c’est ?
Maxime Besnier – C’est ma première société, créée en 2014/2015 en Thaïlande.
C’est un bébé qui aujourd’hui est un jeune adulte en phase temporaire de croissance car je suis dans le tourisme, domaine à l’arrêt suite à la crise (de la Covid-19). C’est un domaine qui m’était complètement inconnu à l’époque. Mais à force de constater que je recevais fréquemment des demandes d’amis qui me demandaient si je pouvais leur recommander des expériences sympas pour s’immerger dans la ville et sortir du cadre des visites très connues, j’ai eu l’idée de développer Very Local Trip pour créer des parcours sur-mesure. Cela s’est ensuite transformé en Startup. J’ai intégré un accélérateur de Startup à Bangkok ce qui  m’a permis de mettre le pied à l’étrier. Puis cela ne s’est pas passé du tout comme prévu. C’est à dire que l’on a pas fait la levée de fonds de 500 000 dollars. Ce qui devait être une sorte de Airbnb du tour (à l’époque Airbnb n’avait pas lancée sa partie expériences) s’est finalement transformé en un Small Business qui s’est focalisé sur la qualité des expériences, en Thaïlande. Puis qui a grandi de manière organique en rencontrant des gens passionnés et qui est aujourd’hui présent dans trente pays.
Le Best Seller de Very Local Trip c’est vraiment l’expérience où il n’y a pas de programme, sur une demie ou une journée, un « Tokyo by night » ou un « Shanghai Inside » par exemple qui va permettre une découverte de la ville informelle, instructive,  sur-mesure avec un « ami local » soit un natif, soit un expatrié. Des expériences très urbaines mais pas que, nous avons également développé des projets à impact social en Thaïlande avec des communautés locales.
L’idée c’est vraiment de rendre les gens heureux, d’apporter une touche différenciante à des programmes qui sont en général mis en place par nos clients.
Nos clients sont des agences de voyage qui revendent à des particuliers. Au début je m’étais fixé une cible BtoC puis c’est le BtoB qui est venu à nous, grâce à un leader du voyage qui nous a contacté pour travailler avec lui. A l’époque je n’avais même pas songé à  travailler avec des agences car je pensais que nous étions différents d’elles. Mais finalement c’est intéressant de voir que certaines agences considérées comme innovantes souhaitaient s’approprier certains concepts. Pour nous, finalement, c’est du Win-Win car on peut se focaliser sur la qualité de la destination et moins sur la construction du voyage, qui peut être chronophage. L’agence nous apporte une clientèle éduquée au voyage et qu’il faut surprendre, chouchouter, et à qui il faut proposer une expérience client sur-mesure.
 
As-tu monté ce projet seul ?
M.B – Au départ j’étais seul, puis un ami m’a rejoint dans l’aventure. L’accélérateur de Startup nous a permis d’avoir le financement et de faire le programme d’incubation. Puis, un grand classique des Startup, cela ne s’est pas passé comme prévu et nous sommes rapidement allés au clash. Finalement, j’ai remonté le projet seul en réalisant que lancer pleins de pays en même temps n’allait pas m’amener vers du qualitatif.
Aujourd’hui je travaille avec ma collaboratrice Anastasia, avec qui je partage en télé-travail. Puis, nous avons tous nos amis locaux, cela représente 150 personnes sur une trentaine de pays. Ces collaborateurs sont des Freelances qui sont dans le tourisme, ou pas.
 
Tout le monde peut devenir un ami local ?
M.B – Oui, comme dans tout domaine lié à l’économie collaborative il y a parfois une zone grise mais en fonction de la situation juridique de chaque pays.
Dès que la personne est fin connaisseuse du pays et sait véhiculer sa passion avec beaucoup d’empathie. Et Francophone car c’est l’essentiel de notre clientèle.
 
Est-ce compliqué de lancer une boîte dans une entreprise si différente que la France ?
M.B – Ce n’est pas simple car la Thaïlande est un pays protectionniste, c’est un bloc. D’ailleurs, il faut accepter le fait qu’en tant que « Farang » (le mot donné aux étrangers en Thaïlande) on sera toujours étranger à cette culture.
Par exemple, pour créer une boîte il faut un Farang pour quatre locaux, c’est très compliqué.
My Local Fixer : qu’est-ce que c’est ?
M.B – C’est le petit frère de Very Local Trip. C’est aussi sorti d’un constat. Je me suis rendu compte que de plus en plus de demandes sortaient du cadre du tourisme de loisir.
C’étaient des demandes qui rejoignaient des passions de voyageurs individuels plutôt haut-de-gamme qui aimeraient lors d’un voyage professionnel accompagnés de leur épouse ou compagnons, rencontrer un alter-égo local. Par exemple, un médecin qui souhaiterait rencontrer un  autre médecin au Vietnam et découvrir ses techniques, ou un restaurateur d’art qui part au Cambodge et veut visiter un atelier local.
Ou encore un spécialiste des fleurs qui souhaite découvrir le marché de l’Orchidée en Asie du Sud-Est, visiter des pépinières avec un expert local. Ce sont des exemples concrets que nous avons réalisés.
My Local Fixer, c’est apporter une touche business au voyage de loisir, ce qu’on peut recouper sous le terme de « Bleisure ».
 
 

Demain la tendance sera de voyager moins fréquemment mais plus longtemps.

Ta définition du Bleisure
M.B – C’est un anglicisme de Business et de Leisure. On se rend compte que la frontière entre le travail et le loisir est de plus en plus fine. Le Bleisure est souvent fait pour le voyageur Business qui part dans une destination et souhaite la découvrir sous l’aspect loisirs.
Moi je le prends sous l’autre angle puisqu’au départ j’avais les pieds dans le voyage loisir, mais je me suis rendu compte que ça avait du sens d’apporter la touche Business-passion à des voyageurs qui au départ partaient en vacances. 
Et cela est possible grâce à nos « Fixers ». C’est un terme qui est emprunté à la presse et au cinéma, c’est quelqu’un qui sait apporter un éclairage économique, culturel, religieux, au-delà du vernis purement touristique. Et d’apporter cette valeur ajoutée au voyageur. On se rend compte que cela va de plus en plus dans le sens de ce que recherchent les voyageurs. C’est à dire de le personnalisation, des expériences.
Je lis beaucoup d’articles sur Linkedin et lorsque je vois que demain la tendance sera de voyager moins fréquemment mais plus longtemps,  je me dis que cela a du sens. Et tout ce que j’ai construit depuis 6 ans est une suite logique qui vient d’un constat, la base c’est toujours de répondre à une problématique.
 
Est-ce que ta clientèle est la même que celle de Very Local Trip ?
M.B – Les voyageurs en direct représentent un pourcentage faible de notre activité. La plupart des demandes viennent de nos partenaires agences en France, Suisse, Belgique, Canada.
Mais je me suis rendu compte d’une chose c’est que l’on pourrait faire bien plus que ce que l’on propose aujourd’hui. C’est à dire que le conseiller de voyage ne pense pas forcément à me contacter pour proposer une expérience qui sorte du cadre habituel du tourisme de loisir, et le voyageur lui-même ne pense pas qu’une agence puisse proposer cela donc il n’exprime pas ce besoin.
L’idée est donc de faire connaître le Bleisure et de montrer que l’on est capable d’encadrer cela au niveau de la destination.
 
Quelles sont les conditions pour mettre en pratique le Bleisure lors d’un voyage ? Quelles sont les limites ?
M.B – La principale condition est qu’il faut d’abord comprendre les réels besoins du voyageur, voir de lui en susciter par la connaissance de tels types de services.
Les limites je les vois plus au niveau du cadre juridique. En France, jusqu’à maintenant mes clients sont eux-mêmes souvent auto-entrepreneurs ou chefs d’entreprise, donc peu limités dans leur mouvements. Mais pour un salarié, jusqu’à quel point celui-ci est assuré lors d’activités en dehors du champs de son travail ? De plus, cela diffère selon chaque pays. Mais les mentalités évoluent vis-à-vis du Bleisure et la législation aussi.
 
Tu fais partie de l’association Respire, le tourisme de demain, peux-tu m’en parler ?
M.B – J’ai rejoint Respire, le tourisme de demain l’été dernier, suite à  une invitation d’un membre.
Je travaille dans le sous-groupe  sur les nouvelles façons de voyager, donc cela me parle !
L’idée est d’échanger avec d’autres acteurs et de « networker ». Pour moi qui suis un Digital Nomade c’est en effet difficile de me retrouver sédentaire depuis un an et cela fait du bien de partager avec d’autres professionnels et de combler ce manque.
J’ai été amené à co-animer un webinaire sur le Bleisure qui a eu une bonne audience.  Suite à cela  nous avons reçu beaucoup de demandes de personnes qui avaient découvert ce terme et qui trouvaient l’approche intéressante.
D’ailleurs, dans le cadre des états généraux qui auront lieux le 17 mars, nous avons interviewé Aurélie Krau, une digital nomade très active qui interviendra le 31 mars 2021 sur ces sujets.
 
Tu as travaillé à Bangkok, peux-tu parler de cette expérience ?
M.B – Je suis arrivé le 8 janvier 2010 à Bangkok. Je commençais à tourner en rond dans mon activité de commercial et je souhaitais me challenger, vivre une expatriation.
Je me souviens avoir rencontré le conseiller ANPE Cadre qui m’a dit qu’il avait un recueil des entreprises implantées en Thaïlande datant de 1995 (nous étions en 2010) et qu’il ne pouvait pas vraiment m’aider. Je suis donc allé défricher. Je me souviens de ce vertige en arrivant, j’étais en colocation dans un appartement avec un vue magnifique. J’ai commencé à m’intégrer dans des soirées de networking, avec une simple carte de visite. Je suis arrivé en pleine crise politique entre les chemises rouges et les chemises jaunes, Bangkok avait un couvre-feu. C’était très compliqué niveau économique.
J’ai fait des petits jobs en attendant : de la figuration dans des films Thaïs, des doublages de voix et autres expériences amusantes.
Je me souviens après six mois, en découpant une annonce dans le Bangkok Post (un journal local), avoir trouvé un job dans les moustiquaires. J’ai mis quelques semaines avant d’y prendre goût, c’était en fait un marché de niche mais mondial que j’ai commencé à creuser pendant deux ans. J’ai compris qu’il fallait preuve de beaucoup d’adaptation, car les Thaïs ont des codes culturels à comprendre. Finalement, la boîte étant en mauvaise santé financière, elle a été rachetée et ensuite j’ai fait du consulting sur le marché de la prévention du paludisme. Je me suis rendu compte que je n’étais pas trop mauvais pour mettre en relation des gens qui ne se connaissaient pas via des plateformes. Et c’est en réalité ce que j’ai commencé à faire avec Very Local Trip, tout est lié !
 
Quel-est ton pire souvenir ?
M.B – J’ai peut être une mémoire sélective mais je ne peux pas dire que j’ai de pire souvenir. Je crois que dans deux ans mon pire souvenir ce sera cette crise économique mondiale, c’est la première vraie galère contre laquelle je suis complètement impuissant.
 
Un livre que tu recommandes ?
M.B – Je me suis remis à la lecture pendant ces confinements, c’est un des avantages d’avoir du temps.
Je ne vais pas être très original mais un bouquin qui m’a aidé c’est : La semaine de quatre heures, de Tim Ferriss.
Je n’ai pas appliqué tout ces concepts mais c’est l’esprit de sortir de ce schéma d’horaires de bureau et pouvoir travailler moins pour vivre plus.
J’avais la chance, et j’espère bientôt la retrouver après la crise, de vivre un boulot-passion ou je n’avais pas l’impression de travailler.
Donc oui, je recommande « la semaine de quatre heures » pour les personnes qui se posent encore des questions sur le changement de rythme, qui se sentent avec des pieds de plombs.

Les gens ne savent pas ce qu'ils veulent jusqu'à ce qu'on leur propose.

Terence Conran
Ta citation favorite ?
M.B – Une citation découverte au moment du lancement de My Local Fixer, elle est de Terence Conran, le fondateur d’Habitat : « les gens ne savent pas ce qu’ils veulent jusqu’à ce qu’on leur propose ».
Il y en a une deuxième mais je ne connais pas la source, un film français je crois : « quand on prend des risques on peut perdre, quand on en prend pas on perd tout le temps ».
 
Le mot de la fin, as-tu un message à faire passer aux Insiders (les lecteurs du blog et futurs auditeurs du Podcast) ?
M.B – Partager ses idées. J’ai rencontré des entrepreneurs qui avaient peur de partager leur idée. Mais il y a tellement d’écart entre l’idée et son application. Moi j’ai énormément appris par les rencontres et mon parcours entrepreneurial je le dois au fait que j’ai confronté mes idées à d’autres. Il faut y croire et il faut écouter les bonnes personnes. Si on est convaincu que cela va marcher et que cela répond à un besoin, il n’y a pas de raison que cela ne fonctionne pas.
 
  • Où peut-on te trouver ?
M.B – Via Linkedin, via nos sites Verylocaltrip.com ; Mylocalfixer.fr ou à maxime@verylocaltrip.com.
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