Diriger un hôtel en Bretagne, avec Benjamin Erba

Certains lieux vous obligent à lever le pied dès que vous passez le portail.

Le château Les Garennes, niché à Bénodet dans le Finistère Sud, fait partie de ceux-là.

Perdu quelque part dans le Finistère, c’est un endroit qui appelle au calme et dans lequel j’ai le privilège de séjourner.

Ce matin, après le petit-déjeuner, j’ai rencontré son directeur, Benjamin Erba, que j’avais très envie d’interviewer pour découvrir son parcours et ses challenges.

 

Cet épisode est produit en partenariat avec Les Garennes. Un grand merci aux équipes pour leur collaboration et leur professionnalisme.

L’hôtel Les Garennes était autrefois une propriété privée avant d’être entièrement rénové et transformé en hôtel en 2020. Ce qui frappe d’abord, c’est la démesure de l’espace : le domaine compte 55 hectares de nature, dont 20 hectares de forêt. Pour seulement 15 chambres, le ratio d’hectares par client est tout simplement incroyable, offrant une déconnexion totale où l’on se sent « perdu au milieu de nulle part ».

Le point d’orgue de la rénovation récente (janvier 2024) concerne les anciennes écuries, transformées en un sanctuaire dédié au bien-être. On y trouve une piscine intérieure, des cabines de massage (dont une avec poêle à bois pour l’hiver), et une salle de Pilates Reformer, une discipline qui attire aujourd’hui des clients venant de toute la région.

Inverser la saisonnalité : le pari de la clientèle locale

L’un des plus grands défis pour un établissement situé à Bénodet est l’accessibilité. « On n’a pas le train qui arrive sur Bénodet », m’a confié Benjamin. Si l’été attire une clientèle internationale (Allemands, Hollandais, Espagnols), l’hiver pourrait être une période morte pour beaucoup.

Pourtant, l’hôtel Les Garennes réussit à afficher complet tous les week-ends de l’année. Le secret ? La clientèle locale et le concept de « staycation ». Des Bretons venant de Quimper, Brest ou Lorient font parfois une heure de route pour s’offrir une parenthèse enchantée près de chez eux.

Benjamin a même utilisé un levier marketing que l’on croit parfois oublié : la radio locale. Pour Noël, des spots radio ont déclenché des appels et des réservations immédiates, prouvant que dans une région au terroir fort, les médias traditionnels restent un pilier de la communication de proximité.

Le spa : nouveau moteur du chiffre d’affaires

Une leçon d’entrepreneuriat est ressortie de notre discussion : pour la première fois depuis l’ouverture, le pôle « Spa et Sport » génère plus de chiffre d’affaires que l’hébergement.

Benjamin a appliqué les principes du Revenue Management au spa, ce qui est encore trop rare dans notre industrie. En créant quatre tarifs différents selon la saisonnalité et les créneaux horaires, il optimise le remplissage de ses cabines et de sa salle de Pilates. « Le Revenue Management, on peut l’adapter à tous les services », affirme-t-il avec raison.

Cette stratégie permet au château de vivre à l’année et de pérenniser des emplois en CDI, là où d’autres établissements saisonniers ferment leurs portes en octobre.

Le management par la bienveillance et la polyvalence

Le recrutement reste le « challenge permanent » du secteur, particulièrement dans le Finistère où loger les saisonniers l’été est un casse-tête financier. Pour stabiliser ses équipes, Benjamin mise sur deux leviers :

  1. L’immersion dans les écoles : Il va directement à la rencontre des étudiants pour leur présenter le cadre de vie exceptionnel du château.
  2. L’expérience collaborateur : à l’hôtel Les Garennes, on prône la bienveillance. L’équipe déjeune ensemble chaque midi autour d’une grande table pour échanger hors cadre professionnel. De plus, les employés ont accès aux installations (Spa, Yoga, Pilates), transformant le lieu de travail en un véritable avantage en nature dédié à leur propre bien-être.

Cette culture d’entreprise favorise une polyvalence indispensable dans une structure de 15 chambres. Benjamin me racontait avec humour que, faute de personnel de restauration dédié, c’est parfois la chef de réception qui assure le service du vin lors des dîners. Pour le client, si c’est fait avec le sourire et expliqué avec sincérité, cela devient un moment « attachant et familial » plutôt qu’une erreur de service.

De la cuisine à la direction : le parcours de Benjamin

Le parcours de Benjamin Erba est une preuve que la curiosité et l’exigence mènent à tout. Formé initialement en cuisine, il a gardé de ses années derrière les fourneaux un sens aigu du détail et une capacité à « dépanner » (comme préparer une crème anglaise minute pour un séminaire suite à un oubli du traiteur !).

Il a ensuite gravi les échelons dans l’hôtellerie, devenant responsable des étages à seulement 18 ans dans un établissement 4 étoiles. Son passage au K2 Altitude à Courchevel lui a enseigné la rigueur de l’excellence Palace, une exigence qu’il transpose aujourd’hui dans son management quotidien.

L’art de l’upselling : la règle du marathon

Pour Benjamin, augmenter le revenu par chambre n’est pas une question de chance, mais de répétition. Il compare l’upselling à la préparation d’un marathon : « Si une personne veut s’inscrire à un marathon et me dit « je vais faire un marathon dans un mois, clairement ce n’est pas possible… Par contre, s’il s’y met petit à petit régulièrement… il va y arriver. »

Il a récemment formé ses équipes à l’argumentaire de vente pour les chambres avec vue sur le port de plaisance. Résultat : sur trois arrivées un jour de test, l’équipe a réalisé trois upsells. Multiplié par 365 jours, l’impact sur la rentabilité d’un petit hôtel est colossal.

Concilier vie de directeur et vie de papa

Nous avons également abordé un sujet plus personnel : comment gérer la direction d’un hôtel tout en étant papa ? Benjamin, dont l’épouse travaille dans le milieu hospitalier avec des horaires décalés, reconnaît que c’est un jonglage permanent.

Il souligne l’importance d’avoir une propriétaire compréhensive et des chefs de service fiables sur qui déléguer. C’est ici que le modèle de l’hôtel familial prend tout son sens : la structure permet une souplesse et une empathie envers les parents que l’on ne retrouve pas toujours dans les grands groupes internationaux. « C’est une vraie proposition de valeur qui permet de probablement recruter et maintenir tes équipes », avons-nous conclu ensemble.

 

L’Excellence est une illusion de facilité.

Pour Benjamin, la citation qui définit le mieux son métier est la suivante : « L’excellence, c’est quand le travail paraît facile ». Que ce soit pour un service fluide en salle, un massage parfait au Spa ou un morceau de piano virtuose, la fluidité apparente cache en réalité des années de protocole, de rigueur et de répétition.

L’hôtel Les Garennes est un exemple brillant de la façon dont on peut transformer les contraintes d’un territoire (isolement, météo, saisonnalité) en une force tranquille dédiée à l’humain et au bien-être.

Notes et références

Le bonus de l'épisode

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