Ce que le standard ne peut pas faire à votre place

Le standard, dans l’hôtellerie, c’est censé être une garantie. Une promesse. La preuve qu’on est professionnel.

Et pourtant… il y a quelque chose que le standard ne peut pas faire.

Il ne peut pas se souvenir que c’est l’anniversaire de ce client.

Il ne peut pas sentir qu’il traverse une mauvaise journée.

Il ne peut pas décider, dans l’instant, de faire quelque chose qui ne figurera jamais dans aucun manuel.

Aujourd’hui, je veux vous parler de la limite du standard — et de ce qui existe de l’autre côté.

En bonus, vous repartez avec la check-list à télécharger ici : 5 questions pour passer du standard au relationnel.

Le standard vous dit comment faire. Le relationnel vous dit pourquoi ça compte.

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Au-delà du standard : comment l'émotion et le relationnel transforment l'hôtellerie ?

Dans cet épisode de son podcast, Maxime Blot, Meilleur Ouvrier de France, explore une tension fondamentale du métier d’hôtelier : celle qui existe entre le standard, garant de la qualité technique, et le relationnel, moteur de l’émotion client. Si le standard est une promesse de professionnalisme, il devient trop souvent une « cage » qui empêche l’initiative humaine et la mémorisation du séjour.

Le piège du standard : de la garantie à la « cage »

À l’origine, le standard vise à garantir la cohérence et la constance du service, des éléments essentiels pour protéger une marque et former les équipes. Cependant, le danger survient lorsqu’il devient une fin en soi. Maxime Blot souligne que de nombreuses équipes travaillent aujourd’hui dans la peur de l’audit mystère, se concentrant sur le fait de « cocher des cases » plutôt que de créer un lien réel avec le client.

Le standard possède une limite biologique : il ne peut pas sentir qu’un client traverse une mauvaise journée, ni décider d’improviser un geste qui ne figure dans aucun manuel. Lorsqu’on reste strictement dans le process, on finit par refuser des demandes simples ou manquer des « perches » tendues par les clients.

L’exemple de Nantes : le standard sans la personnalisation

Pour illustrer ce propos, je vous partage une expérience vécue dans un bel hôtel à Nantes. Bien que le réceptionniste ait été souriant et professionnel (conformément au standard), il a échoué à créer du sur-mesure. Alors que je lui demandais où courir pour faire du sport, le collaborateur a répondu correctement mais a omis de mentionner la salle de fitness de l’hôtel. En traitant la demande de manière purement logistique sans chercher à comprendre le besoin global, le collaborateur est resté dans son « confort opérationnel » au lieu de valoriser les services de l’établissement.

L’analogie du jazz : Le standard comme socle

L’idée n’est pas de supprimer les standards, mais de changer de prisme : il faut voir le standard non pas comme un plafond (une cage), mais comme un socle (un fondement).

J’utilise l’analogie du joueur de jazz : pour pouvoir improviser avec talent, le musicien doit d’abord maîtriser parfaitement son solfège et ses gammes. En hôtellerie, c’est la même chose. Une fois les fondamentaux de l’accueil maîtrisés, le collaborateur peut — et doit — bâtir quelque chose de plus grand par-dessus.

Les 3 niveaux de service

Pour aider les équipes à se situer, je définis trois paliers de prestation :

  • Le niveau de la Conformité : C’est le respect pur du standard. C’est « correct », mais cela ne crée que rarement de l’émotion.
  • Le niveau Attentionné : Le collaborateur montre une envie sincère de faire plaisir avec une petite attention particulière.
  • Le niveau Relationnel : C’est le stade ultime où le client se sent vu et écouté. Il y a un véritable partage. C’est de cette interaction humaine dont le client se souviendra, bien plus que du respect d’une procédure.

L’objectif n’est pas d’être au niveau 3 en permanence — un client d’affaires pressé peut préférer la conformité efficace — mais de savoir s’y adapter quand le moment l’exige.

Passer à l’action : intention et responsabilisation

Pour opérer cette transition, je vous propose plusieurs pistes concrètes :

  • Observer avant d’agir : Prendre deux secondes pour analyser la situation et l’état émotionnel du client avant d’enchaîner les gestes techniques.
  • Utiliser la donnée : Personnaliser l’échange grâce aux informations du CRM ou de la réservation (nom, raison du séjour, anniversaire).
  • Privilégier l’intention sur la récitation : Les managers devraient arrêter de sanctionner les collaborateurs parce qu’ils n’ont pas dit une phrase « au mot près ». Si l’intention d’accueil est bonne et l’émotion présente, l’objectif est atteint.
  • Autoriser l’initiative : Les équipes doivent avoir le droit de prendre des décisions sans permission pour satisfaire un client.

La frontière avec la familiarité

Tout en encourageant le relationnel, je vous met en garde contre le risque de familiarité. Il s’agit de rester dans son rôle tout en l’habitant pleinement, sans devenir le « grand copain » du client.

 

« Le standard vous dit comment faire, le relationnel vous dit pourquoi ça compte ». Le vrai luxe aujourd’hui n’est plus dans le marbre, mais dans la sensation d’être reconnu et attendu.

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