Chaque jour, en France, des tonnes de nourriture parfaitement consommables sont jetées par les hôtels et les restaurants.
Et, dans le même temps, la précarité alimentaire explose, notamment chez les étudiants et les publics les plus fragiles.
Ce paradoxe, beaucoup le connaissent. Peu savent vraiment comment agir.
Cet épisode est un peu particulier. Il s’inscrit dans le cadre du Podcasthon 2026, auquel je participe cette année pour la troisième année consécutive.
Une initiative collective qui mobilise des centaines de podcasts pour mettre en lumière des associations, des causes, et surtout des solutions concrètes.
J’ai découvert HopHop Food lors du salon Exp’Hotel 2025 à Bordeaux.
Une association, mais surtout un modèle opérationnel, pensé pour les professionnels de l’hôtellerie-restauration.
Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Pauline Etcheto, présidente de HopHop Food.
Avec elle, nous allons parler sans langue de bois de ce sujet pour lequel nous avons tous un rôle à jouer : le gaspillage alimentaire.
Entre chiffres alarmants, philosophie du don et leviers de rentabilité fiscale, notre conversation lève le voile sur un paradoxe français : des tonnes de nourriture jetées par nos établissements pendant que la précarité alimentaire explose.
Le constat : 38 000 € de perte annuelle par hôtel
Pour bien comprendre l’enjeu, il faut regarder la réalité en face. En France, 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année, ce qui représente un manque à gagner de 18 millions d’euros. Plus grave encore, un Français sur quatre vit avec moins de 3,50 € par jour pour se nourrir, et 23 % des étudiants sont en situation de précarité alimentaire.
Si l’on zoome sur notre secteur, les chiffres de l’ADEME pour 2025 sont sans appel : un hôtel produit en moyenne 4 tonnes de gaspillage alimentaire par an, soit un coût direct de 38 000 €. Ce gaspillage représente environ 106 g par couvert, soit l’équivalent d’un steak haché jeté à chaque repas.
Face à cela, Pauline déconstruit les idées reçues : non, lutter contre le gaspillage n’est pas forcément une charge logistique insurmontable, et non, il n’y a pas d’insécurité juridique ou sanitaire majeure si l’on est bien accompagné.
Le buffet hôtelier : Vers une « frugalité heureuse » ?
Nous avons abordé un sujet sensible : le buffet. S’il est plébiscité pour son côté opulent et sa facilité logistique face aux flux de clients, il reste un axe de progrès majeur en termes de gaspillage.
Pauline nous invite à questionner notre rapport à l’abondance : avons-nous besoin de voir des montagnes de nourriture pour nous sentir bien ? Sans forcément supprimer le buffet, des solutions simples existent : mieux dimensionner les contenants, portionner davantage et servir à la demande les produits les plus sensibles en fin de service. Ces ajustements peuvent réduire le gaspillage de 20 % en un an.
HopHop Food : Un modèle « clés en main » et 100 % gratuit
Contrairement à des applications commerciales bien connues, HopHop Food est une association reconnue d’intérêt général. Sa mission est de lier ceux qui ont « trop » avec ceux qui n’ont « pas assez » dans une logique de don total.
Pour un hôtelier, le fonctionnement est d’une simplicité désarmante :
- Accompagnement sur mesure : L’association prend tout en charge, du paramétrage de l’application à la création du compte professionnel gratuit.
- Paramétrage du don : On définit ensemble le nombre de « paniers solidaires » (ex: 15 petits-déjeuners) et l’heure de collecte.
- Click & Collect solidaire : Les bénéficiaires, dont la situation de précarité a été préalablement qualifiée et certifiée par des partenaires sociaux (CROUS, associations, etc.), viennent directement chercher les invendus sur site.
Les bénéfices : Rentabilité, RSE et Management
L’argumentaire de Pauline est percutant car il parle aussi bien au cœur qu’au portefeuille :
- Avantage fiscal majeur : Étant d’intérêt général, HopHop Food permet aux hôtels de revaloriser leurs invendus à hauteur de 48 % via une réduction d’impôts (contre environ 24 % pour des modèles commerciaux).
- Réduction des taxes : Moins de biodéchets produits signifie une baisse directe de la taxe biodéchet pour l’établissement.
- Fierté des équipes : Le don alimentaire est un puissant levier de management. Pauline cite l’exemple d’un manager dont l’équipe, très jeune, a été le moteur de l’adhésion au projet pour donner du sens à leur travail quotidien.
- Sécurité juridique : Un point crucial est levé : une fois le don effectué, la responsabilité est transférée au bénéficiaire. En dix ans d’existence, aucun incident sanitaire n’a été déploré par l’association.
La philosophie du don : « J’ai ce que j’ai donné »
Pauline, qui est également professeure de philosophie, apporte une profondeur rare à ce sujet technique. Elle partage une anecdote poignante sur un don de petits pots pour bébé effectué dans le silence et la pudeur, illustrant que le don n’est pas une soustraction mais une multiplication du lien humain.
Elle cite Jean Giono — « J’ai ce que j’ai donné » — pour rappeler que plus on donne, plus on s’enrichit. Pour elle, l’hospitalité ne s’arrête pas aux portes de l’hôtel ; elle crée de l’urbanité et de l’ancrage local, transformant peut-être le bénéficiaire précaire d’aujourd’hui en client ou collaborateur de demain.
Depuis sa création, HopHop Food a déjà permis de distribuer 8 millions de repas, sauvant ainsi 2,5 millions de tonnes de nourriture. Pauline nous encourage à cultiver le « flow » et la joie dans notre manière d’être aux autres pour cette année 2026.
PS : Si vous souhaitez tester l’application ou en savoir plus sur leur prochain grand partenariat avec la SNCF à la Gare Montparnasse, foncez télécharger l’application !
Le bonus de l'épisode
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Notes et références
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