Crystal Forest Cavin, la fondatrice du podcast 50 Shades of Hospitality, m’a invité à son micro.
Le sujet de l’épisode : Au-delà du service – Inspirer l’avenir de l’hôtellerie, avec Maxime Blot, Meilleur Ouvrier de France.
Dans cet épisode, j’offre un aperçu de mon parcours, de mon rôle en tant que podcasteur et de mon analyse, j’espère la plus perspicace possible, de l’industrie hôtelière française. De la réception d’hôtels de luxe à la création d’un média inspirant et éducatif, mon histoire est source d’inspiration et de réflexion.
Maxime Blot : L'hôtelier-entrepreneur qui révolutionne la transmission du savoir et la perception du luxe
Un parcours hôtelier ancré dans l’excellence
J’ai 33 ans, je me décris avant tout comme un hôtelier. Mon parcours commence dès l’âge de 14-15 ans dans une école hôtelière à Grenoble, suivi d’études jusqu’au master en hôtellerie avec une spécialisation en revenue management à Chambéry. Après mes études, je passe 10 ans à Paris, travaillant dans des établissements prestigieux, notamment le Peninsula Paris, où je participe à son ouverture en 2014 en tant que réceptionniste, puis superviseur et chef de nuit. Mon expérience dans ces « Palaces », considérés comme les meilleurs hôtels du monde, m’a inculqué « l’esprit d’excellence » et le souci du détail.
La pandémie de COVID-19, bien que difficile pour l’industrie, se révèle être une opportunité inattendue pour moi. Mon hôtel ayant fermé pendant un an et demi, je saisis cette période pour me lancer dans l’entrepreneuriat. Je commence par des formations, partage mes connaissances sur LinkedIn, puis crée mon podcast. En 2021, je quitte mon poste d’employé pour me consacrer pleinement à ma société, Hospitality Insiders.
Hospitality Insiders : éduquer, auditer et inspirer
Hospitality Insiders repose sur trois piliers principaux :
- L’Éducation : J’enseigne dans des écoles, principalement à Bordeaux où je réside.
- Le Business : Je propose des audits, des formations, du coaching et des conférences pour les hôtels.
- Le Média : Le pilier le plus connu est mon podcast, également intitulé « Hospitality Insiders ».
La motivation derrière le podcast est née d’un constat en 2020 : alors que j’écoutais des podcasts pendant des heures, je réalise l’absence de contenu audio ou vidéo sur l’hospitalité en français. Mon objectif était de créer le podcast que j’aurais aimé avoir à 15 ans, un outil pour partager les connaissances des leaders de l’industrie avec les étudiants et les passionnés. Le podcast « Hospitality Insiders » est devenu le premier podcast francophone dédié à l’hospitalité et à l’excellence du service. Avec plus de 100 épisodes et 80 invités, le succès du podcast se mesure par sa croissance constante du nombre d’auditeurs et les retours positifs, allant jusqu’à être reconnu dans l’industrie. Le contenu est même utilisé comme outil pédagogique dans des écoles d’hôtellerie, gracieusement et parfois via des partenariats. Les podcasts offrent une manière d’apprendre plus vivante et accessible, particulièrement pour les jeunes générations qui manquent de temps pour la lecture traditionnelle.
Le titre de « Meilleur Ouvrier de France » (MOF) : une reconnaissance et une mission
En 2023, j’ai été honoré du prestigieux titre de Meilleur Ouvrier de France (MOF) dans la catégorie « réception ». Ce titre est une reconnaissance d’État en France, décernée dans plus de 200 domaines, souvent associée aux chefs ou pâtissiers. La catégorie « réceptionniste » n’a été créée qu’en 2015, et je suis seulement la deuxième personne à détenir ce titre, et le seul de ma promotion. Le processus est exigeant, combinant des mises en situation de réceptionniste et la réalisation d’une « œuvre d’art », qui dans mon cas a été la création d’un parcours employé fictif pour un hôtel, incluant une application mobile avec QR code.
Bien que le titre de MOF n’ait pas directement augmenté mon audience de podcast, il a considérablement renforcé ma crédibilité professionnelle. Il agit comme un « label de qualité » qui rassure mes clients potentiels, facilitant ainsi la signature de nouveaux contrats. Je perçois ce titre non seulement comme une reconnaissance, mais aussi comme un « devoir » : celui de partager mes connaissances et de valoriser le métier de réceptionniste, souvent sous-estimé, et l’industrie dans son ensemble.
J’ai également une expérience avec le concours de l’AICR (Amicale Internationale des Chefs de Réception), une association mondiale des directeurs de la réception, que j’ai intégré grâce au soutien du Peninsula en 2014. Bien que j’aie terminé deuxième à cette compétition, cette expérience m’a donné l’énergie et la passion pour les concours.
État des lieux de l’hôtellerie française : défis et solutions
Fort de mes entretiens et de mon expérience, je dresse un tableau contrasté de l’hôtellerie française. Côté clients, l’activité est quasi revenue à son niveau d’avant 2019, avec un grand nombre de visiteurs en France. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 devraient également avoir un impact positif sur la réputation du pays à long terme.
Cependant, le secteur fait face à une crise majeure du côté des employés. La France a perdu plus de 200 000 employés pendant la pandémie, et pas seulement en quantité, mais aussi en qualité, car de nombreux professionnels expérimentés ont quitté l’industrie. Je précise que la COVID-19 n’a fait que révéler une situation préexistante, où les employés n’étaient pas toujours traités à la hauteur de leurs attentes, avec des salaires et des conditions de travail peu attractifs. Le résultat est une qualité de service parfois en deçà des prix pratiqués. L’industrie compte aussi beaucoup sur l’immigration pour les postes peu valorisés par les Français, notamment en cuisine et en ménage, soulignant la nécessité de former ces personnes.
Pour remédier à cette situation, j’insiste sur un mot clé : l’attractivité. Il faut rendre le secteur « sexy » et désirable en améliorant la communication, en reconnaissant la valeur du travail, en offrant de meilleures conditions et en changeant les mentalités. La nouvelle génération (Gen Z) cherche un équilibre vie pro/vie perso, refuse de travailler gratuitement ou des horaires excessifs, et attend une juste rémunération pour leur valeur ajoutée. Les hôtels doivent s’adapter en investissant davantage dans le recrutement et la formation continue.
Enfin, j’aborde le rôle de la technologie et de la digitalisation. L’hôtellerie, « une vieille dame » qui bouge lentement, accepte de plus en plus les outils numériques comme les PMS (Property Management Systems) cloud et les CRM connectés. Ces technologies ne sont pas là pour remplacer l’humain, mais pour automatiser les tâches administratives et libérer du temps aux employés afin qu’ils puissent se concentrer sur les clients et leurs collègues. L’intelligence artificielle (IA) promet d’accélérer encore ces processus, rendant le travail des réceptionnistes plus efficace.
Un message d’apprentissage continu
Je conclus l’interview par un message puissant aux jeunes aspirants de l’hôtellerie, en France et à l’étranger : Ne jamais se satisfaire des connaissances acquises à l’école, qui ne sont qu’une base. À 22 ans, je pensais avoir tout appris après huit ans d’études et quatre diplômes, mais j’ai réalisé que j’apprenais « tellement plus » chaque jour. Depuis, mon conseil est de « prendre chaque opportunité, chaque jour, pour apprendre et s’améliorer », que ce soit en écoutant des podcasts, en lisant des livres ou des journaux. Ce « long learning » transforme une personne en profondeur sur le long terme.


