De la location de voitures, où il passe une vingtaine d’années à gravir les échelons commerciaux et marketing jusqu’au niveau Europe, à la présidence de B&B Hôtels qu’il fait grandir de 230 millions à près de 2 milliards d’euros.
Georges Sampeur a construit sa carrière entreprise après entreprise, sans jamais lâcher une conviction, celle que rien ne marche vraiment si les équipes ne s’approprient pas le projet.
Aujourd’hui président du conseil de surveillance de B&B Hôtels et administrateur chez Pierre & Vacances – Center Parcs, il est passé de dirigeant opérationnel à partenaire de route de ceux qui pilotent au quotidien.
Comment fait-on grandir une entreprise hôtelière sans perdre son âme ?
Comment aligner les actionnaires, les dirigeants et les équipes de terrain ?
Et que devient un dirigeant lorsqu’il choisit de quitter l’opérationnel pour transmettre son expérience ?
Georges nous partage ses convictions sur le leadership, la transmission et l’art d’embarquer les équipes dans une vision commune.
Et, vous l’entendrez, il a basé tout son parcours sur un mot : humilité !
Regarder d’abord le modèle économique et le terrain
Lorsqu’il arrive dans une entreprise, Georges Sampeur ne commence pas par regarder les actionnaires. Il commence par le modèle économique.
Est-il pertinent ? L’entreprise a-t-elle un marché ? Sa proposition de valeur tient-elle ? Ses objectifs sont-ils cohérents ?
Mais très vite, il regarde aussi autre chose : les équipes.
Dans les métiers de service, la culture d’entreprise se lit sur le terrain. Des collaborateurs qui semblent heureux de travailler, qui comprennent leur rôle et qui se sentent impliqués sont souvent le signe d’une entreprise saine.
Pour Georges, l’hospitalité repose d’abord sur la relation client. Le reste — organisation, reporting, gouvernance, process — doit servir cette relation.
Une entreprise de service est un équipage. Le rôle du dirigeant consiste à faire en sorte que le navire arrive à bon port, mais le cœur du voyage se joue dans l’interaction avec le client.
Le rôle du conseil : filtrer, protéger, accompagner
L’un des passages les plus précieux de l’épisode concerne le rôle du conseil de surveillance ou du conseil d’administration.
Georges Sampeur refuse l’image d’un rôle “tampon”. Il préfère parler d’un filtre entre les actionnaires et le management.
Son objectif est simple : permettre au dirigeant opérationnel de passer le maximum de temps sur ce qui compte vraiment :
- gérer son entreprise ;
- comprendre son marché ;
- rencontrer ses clients ;
- écouter ses équipes ;
- piloter l’exécution.
Et le moins de temps possible à produire du reporting administratif pour les actionnaires.
Dans les grandes entreprises, la gouvernance se structure souvent en deux niveaux : un directoire ou une équipe de management qui dirige l’entreprise au quotidien, et un conseil de surveillance ou d’administration qui représente les actionnaires, valide la stratégie et accompagne les grandes décisions.
Mais Georges insiste : un bon conseil n’est pas là pour braquer un fusil sur le dirigeant. Il est là pour aider, questionner, valider et parfois enrichir la stratégie.
Quitter la lumière pour transmettre la flamme
À 65 ans, alors qu’il est président exécutif de B&B Hotels, Georges Sampeur décide qu’il ne veut plus être dirigeant opérationnel. Il prépare sa succession avec Fabrice Collet, puis convainc les actionnaires qu’un relais doit se faire.
Lorsque Goldman Sachs rachète B&B Hotels en 2019, Georges a déjà anticipé la transition. Plutôt que d’attendre que les actionnaires décident de son remplacement, il organise lui-même la suite.
Il résume ce passage par une formule forte :
“Je quitte la lumière pour transmettre la flamme.”
Cette phrase dit beaucoup de sa conception du leadership.
Pour Georges, diriger une entreprise n’est pas la posséder. Une entreprise doit survivre aux personnes qui la dirigent. Elle a des racines, une histoire, une culture, mais elle doit aussi continuer à grandir.
Il utilise une autre image :
“Une entreprise, c’est comme un arbre : il ne faut pas la couper de ses racines, et puis il faut la faire grandir.”
La transmission n’est donc pas un retrait. C’est un nouveau rôle : aider le dirigeant suivant à réussir, sans chercher à rester dans la lumière.
Actionnaires et dirigeants : l’alignement avant tout
Georges Sampeur a connu plusieurs actionnaires chez B&B Hotels. Pourtant, il ne décrit pas cela comme une succession de crises.
Pourquoi ? Parce que les fonds d’investissement qui ont accompagné B&B Hotels ont acheté une stratégie. Ils n’arrivent pas par hasard : ils valident une vision, investissent dans un plan et cherchent à accompagner une croissance.
L’enjeu est donc l’alignement d’intérêts.
Chez B&B Hotels, les fonds ont permis de financer une stratégie de développement ambitieuse. Georges le reconnaît : sans ces capitaux, la croissance du groupe n’aurait pas été la même.
Dans l’hôtellerie, développer des établissements demande beaucoup de capital. Les actionnaires peuvent donc être des accélérateurs, à condition que le management sache où il veut aller.
Chez Pierre & Vacances Center Parcs, le contexte était différent : il s’agissait d’une entreprise en retournement. Après une période difficile et une dette importante, de nouveaux fonds ont repris la dette, l’ont transformée en capital et ont accompagné la stratégie portée par Franck Gervais.
Là encore, Georges insiste : la stratégie doit venir du dirigeant. Si les actionnaires imposent une stratégie, l’appropriation devient difficile.
Qu’est-ce qu’un bon dirigeant ?
Pour Georges Sampeur, un bon dirigeant est d’abord quelqu’un qui a une vision claire pour son entreprise.
Mais cette vision ne suffit pas.
Il faut aussi savoir :
- écrire une stratégie ;
- convaincre les actionnaires ;
- fédérer les équipes ;
- comprendre le terrain ;
- rester proche des clients ;
- donner du sens au projet ;
- créer de la valeur pour toutes les parties prenantes.
Dans les entreprises de service, Georges voit une qualité principale :
“Savoir embarquer les équipes avec soi.”
C’est particulièrement vrai dans l’hôtellerie, où chaque personne compte. Quelle que soit sa position hiérarchique, chaque collaborateur a un rôle dans l’expérience client.
Le dirigeant doit donc faire sentir à chacun que son rôle est important.
C’est là que le leadership devient profondément humain. Il ne s’agit pas seulement de chiffres, de stratégie ou de gouvernance. Il s’agit de conviction, de charisme, d’écoute et d’attention au terrain.
B&B Hotels : de l’hôtellerie économique à l’écono-chic
Georges Sampeur rejoint B&B Hotels au début des années 2000. À l’époque, le groupe compte environ 70 à 80 hôtels. Lorsqu’il quitte son rôle opérationnel, il en compte environ 500. Aujourd’hui, le groupe approche les 1 000 hôtels.
Son arrivée chez B&B Hotels vient d’une envie : vivre une aventure entrepreneuriale.
Il observe alors ce que Ryanair et EasyJet ont fait dans l’aérien : une offre dépouillée, mais lisible, efficace et adaptée aux attentes d’une clientèle qui veut payer moins sans être méprisée.
Il transpose cette intuition à l’hôtellerie économique.
Son idée : passer de l’hôtellerie à service limité à une hôtellerie à service sélectionné.
Autrement dit : on ne peut pas tout offrir au client pour le prix payé, mais ce que l’on offre doit être excellent dans les catégories essentielles.
Chez B&B Hotels, cela signifie notamment :
- une bonne literie ;
- un bon petit-déjeuner ;
- une bonne insonorisation ;
- une chambre agréable ;
- un look and feel cohérent ;
- une attention réelle portée au client.
Georges appelle cela le concept écono-chic.
L’idée est simple : l’hôtellerie économique ne doit pas être une hôtellerie au rabais. Le client a peut-être un budget contraint, mais il mérite de la considération.
La croissance ne doit pas détruire la marque
Un autre enseignement fort de l’épisode concerne le rythme de développement.
B&B Hotels a connu une croissance très rapide. Mais Georges rappelle qu’il faut sans cesse se demander si la stratégie de développement reste alignée avec la stratégie de marque.
Il pose une question essentielle :
Est-ce la stratégie de marque qui détermine la stratégie de développement, ou l’inverse ?
Cette question est cruciale pour tous les groupes hôteliers.
Si la croissance va trop vite, le risque est de créer un parc hétérogène, avec des hôtels qui ne sont pas tous au niveau de la promesse de marque.
Georges formule cela avec une phrase très forte :
“On va à la vitesse de l’hôtel le plus moche de la chaîne.”
Autrement dit, la réputation d’une marque n’est pas seulement portée par ses meilleurs établissements. Elle est fragilisée par ses points faibles.
La cohérence du parc devient donc un enjeu stratégique majeur.
IA et hôtellerie : résister ou tirer profit ?
J’interroge Georges sur l’intelligence artificielle et son impact sur les métiers de l’hospitalité.
Pour lui, l’hôtellerie possède un avantage important : elle n’est pas délocalisable.
On aura toujours besoin de dormir quelque part, de partir en vacances, de passer du temps en famille, d’être accueilli et reconnu.
Mais cela ne signifie pas que l’IA n’aura pas d’impact. Au contraire.
Georges compare cette période à l’arrivée d’Internet, des plateformes de réservation, de Booking ou d’Airbnb. Résister ne sert pas à grand-chose. Il faut plutôt se demander comment tirer profit des nouvelles technologies.
L’IA peut notamment aider à :
- réduire les tâches administratives ;
- améliorer la productivité ;
- libérer du temps pour les équipes ;
- renforcer la relation client ;
- mieux comprendre les attentes ;
- améliorer la gestion interne.
Mais Georges précise que productivité ne veut pas forcément dire moins de personnes. Cela peut vouloir dire moins de temps passé sur des tâches peu valorisantes, et plus de temps consacré au client.
Dans l’hospitalité, l’attention reste irremplaçable.
Il résume cela par une formule :
“Les moteurs marchent à l’essence, et les hommes à la reconnaissance.”
L’IA peut-elle rebattre les cartes entre marques et indépendants ?
Nous abordons également une piste très intéressante : l’IA pourrait changer la manière dont les clients choisissent un hôtel.
Si une IA est capable de proposer un hôtel dans le centre de Paris ou de Bordeaux en fonction de critères très précis — localisation, services, avis, style, prix, attentes personnelles — alors la marque pourrait perdre une partie de son pouvoir traditionnel.
Pour les hôtels indépendants, cela peut devenir une opportunité.
S’ils ont une proposition de valeur claire, une bonne qualité de service et une communication lisible par les moteurs et les IA, ils peuvent apparaître au même niveau que de grandes chaînes.
Pour les marques, cela impose de se remettre en question. Leur valeur ne pourra pas seulement reposer sur leur notoriété. Elle devra reposer sur la qualité réelle, la cohérence et la différenciation.
Internalisation, externalisation et ascenseur social
Un autre sujet fort de l’épisode concerne l’externalisation, notamment du ménage et de certaines fonctions opérationnelles.
Georges Sampeur rappelle qu’une marque doit contrôler la qualité de ce qu’elle offre à ses clients. Lorsqu’une activité est sous-traitée, l’hôtel peut encadrer contractuellement la prestation, mais il ne contrôle jamais totalement l’expérience.
Or, pour le client, peu importe qui réalise la prestation : il vient chez Center Parcs, B&B Hotels ou un autre établissement. C’est la marque qui porte la responsabilité.
Georges alerte aussi sur un enjeu humain : l’hospitalité est encore l’un des rares secteurs où l’ascenseur social fonctionne.
On peut commencer veilleur de nuit, femme ou homme de ménage, puis devenir directeur d’hôtel.
Il cite l’exemple d’une personne chez B&B Hotels ayant commencé comme veilleur de nuit et gérant désormais plusieurs hôtels.
Pour Georges, c’est une fierté et une valeur immense. Ces parcours créent des ambassadeurs de l’entreprise.
Externaliser à outrance peut donc avoir un coût invisible : casser l’ascenseur social, affaiblir la culture et réduire l’attractivité des métiers.
Recruter à l’extérieur : parfois le signe d’un échec
Georges pousse la réflexion encore plus loin :
“Quand on recrute quelqu’un à l’extérieur, c’est d’une certaine façon un échec.”
La phrase peut surprendre. Mais son idée est claire : si l’entreprise doit systématiquement aller chercher ses talents dehors, c’est peut-être qu’elle n’a pas assez investi dans la formation interne, la montée en compétences et la transmission.
Dans un secteur en tension comme l’hôtellerie-restauration, cette idée est centrale.
Former, accompagner, faire grandir et donner des perspectives ne sont pas seulement des actions RH. Ce sont des choix stratégiques.
L’humilité comme moteur de performance
Le fil rouge de Georges pendant toute sa carrière est l’humilité.
Il l’associe à la remise en question permanente :
“On n’a jamais gagné d’avance.”
Cette humilité traverse toute notre conversation :
- dans la relation aux actionnaires ;
- dans la transmission à un successeur ;
- dans l’écoute du terrain ;
- dans l’usage de l’expérience ;
- dans la relation aux équipes ;
- dans la façon d’aborder l’IA ;
- dans la croissance d’une marque.
Georges cite d’ailleurs Confucius :
“L’expérience est une lumière qui n’éclaire que le chemin parcouru.”
L’expérience aide à comprendre ce que l’on a vécu. Mais elle ne dispense jamais de penser l’avenir.
Transmission, jeunesse et territoire
Dans son futur idéal, Georges Sampeur imagine continuer à transmettre son expérience à des dirigeants si elle reste utile. Il accompagne déjà des jeunes entrepreneurs et investit dans des petites entreprises.
Lorsqu’on lui demande le fil conducteur de ses investissements, il répond :
“Le conducteur.”
Autrement dit, il investit d’abord dans les personnes.
Il évoque aussi son attachement à Lorient, sa région d’origine, et son engagement local, notamment dans un club de basket. Il veut contribuer à la jeunesse, au sport, à la culture et à l’éducation.
Là encore, la transmission apparaît comme le grand fil rouge.
*Ce qu’il faut retenir de cet épisode
Cet épisode avec Georges Sampeur est une leçon de gouvernance, mais surtout une leçon d’humanité.
On y parle d’actionnaires, de conseils de surveillance, de stratégie, de croissance, de retournement d’entreprise, d’IA et d’externalisation. Mais le fond du message est ailleurs : une entreprise ne réussit durablement que si elle embarque les femmes et les hommes qui la composent.
La croissance n’a de valeur que si elle respecte la marque, les équipes et les clients.
Le leadership n’est pas seulement l’art de décider. C’est l’art de transmettre, de convaincre, d’écouter et de faire grandir.
Et dans un monde de plus en plus clivant, Georges Sampeur rappelle une chose simple : faire attention aux autres reste peut-être la plus grande responsabilité d’un dirigeant.
Le bonus de l'épisode
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Notes et références
Le livre
Pour contacter Georges Sampeur
La citation
Le message aux Insiders
Pour écouter la version audio uniquement
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FAQ
Qui est Georges Sampeur ?
Georges Sampeur est un dirigeant et administrateur français du secteur de l’hospitalité. Ancien président exécutif de B&B Hotels, il est aujourd’hui président du conseil de surveillance de B&B Hotels et administrateur chez Pierre & Vacances Center Parcs.
Quel rôle Georges Sampeur a-t-il joué chez B&B Hotels ?
Il a accompagné la croissance de B&B Hotels à partir du début des années 2000, en développant une stratégie autour de l’hôtellerie économique qualitative, qu’il décrit comme une approche “écono-chic”. Sous son mandat opérationnel, le groupe est passé d’environ 70-80 hôtels à environ 500.
Que signifie “quitter la lumière pour transmettre la flamme” ?
Cette phrase résume la transition de Georges Sampeur d’un rôle de dirigeant opérationnel à un rôle de transmission et d’accompagnement. Il ne s’agit plus d’être au premier plan, mais d’aider les dirigeants suivants à réussir.
Quel est le rôle d’un conseil de surveillance ?
Un conseil de surveillance représente les actionnaires, valide la stratégie et accompagne le management. Pour Georges Sampeur, son rôle est surtout de filtrer la relation entre actionnaires et dirigeants afin que le manager puisse se concentrer sur l’entreprise, les équipes, les clients et le marché.
Quelle est la vision de Georges Sampeur sur l’IA dans l’hôtellerie ?
Il estime que résister à l’IA est une perte d’énergie. Les hôteliers doivent plutôt comprendre comment ces technologies peuvent réduire les tâches administratives, améliorer la productivité et libérer du temps pour la relation client.
Pourquoi Georges Sampeur parle-t-il d’humilité ?
Pour lui, l’humilité est une qualité centrale du dirigeant. Elle implique la remise en question permanente, la conscience que rien n’est jamais gagné d’avance et la capacité à continuer à apprendre malgré l’expérience.
Quelle citation Georges Sampeur partage-t-il ?
Il cite Confucius :
“L’expérience est une lumière qui n’éclaire que le chemin parcouru.”
Quel est le message final de Georges Sampeur aux Insiders ?
Son message final est de faire attention aux autres, de cultiver la tolérance, de respecter ses collègues, ses collaborateurs et ses clients, et de se rappeler que le travail en équipe reste essentiel.


